Comment apprivoiser inconnu et motoneige?

La Laponie, pays mythique par excellence, était un vieux rêve. Passer les fêtes de fin d’année au pays du désert blanc, fût un cadeau. Une vie hors du temps et de l’espace où chaque jour apporte son lot de nouveauté et d’inconnu. Le safari en motoneige ne dérogea pas à la règle. De loin, cela semblait simple. De près, je compris que cela ne le serait pas…

Instinctivement, nous associons ce que nous ne connaissons pas au risque. Ce dernier activant la peur, nous voici alors immédiatement plongé dans l’inconfort. Apprivoiser l’inconnu revient à apprivoiser cette peur au travers des cinq étapes émotionnelles suivantes.

1 – INQUIETUDE: Devant la porte de l’inconnu

L’inconnu nous met en position d’inconfort en nous confrontant à quelque chose que, par définition, nous ne connaissons pas.

Le guide venait de nous donner les consignes de sécurité et les explications nécessaires au pilotage de ces engins, qui nous attendaient, gentiment posés sur la neige, tels de grosses bêtes fumantes. La mention du prix exorbitant de la franchise en cas de casse avait renforcé l’inconfort de l’inconnu et la peur du risque. Assise en tête de file, prête à partir, j’attendais avec une impatience grandissante, le pouce tendu sur l’accélérateur.

Oh non, ne vous trompez pas, ce n’était pas l’idée d’une balade au pays du père Noël qui m’animait à cet instant précis mais bien l’envie pressante de me débarrasser de cette inquiétude devenue pesante. Seule l’action pouvait m’en libérer, celle-là même qui me confronterait à la réalité…

L’heure de vérité sonnait. Il ne restait plus que moi, cette machine fumante et mon appréhension. Le reste du monde avait disparu.

J’étais aux portes de l’inconnu, inquiète, déjà sortie de ma zone de confort.

2 – SURPRISE: Découverte de l’inconnu

A peine avais-je effleuré l’accélérateur que la bête fumante se mit en mouvement, je basculai dans l’inconnu.

Surprise par sa puissance, elle était vive et rapide et pourtant d’une conduite physique. A chaque paquet de neige qu’ils rencontraient, les skis faisaient dévier la trajectoire. Avec ses 250 kg, la bête semblait faire ce qui lui plaisait, ce qui n’était pas à mon goût et renforcait mon inconfort et mon sens du risque… Cela me demandait énormément d’efforts de lui faire prendre la direction que je voulais. En ajoutant les bosses, et nids de poule comme on peut les trouver en ski, on était très loin de ce que j’imaginais d’une balade en poudreuse, au milieu des rennes sauvages.

Cela ne se passait pas comme je l’avais imaginé…

J’avais oublié que l’inconnu ne se planifie pas, ne se prépare pas, ne s’anticipe pas.  Il se vit, en toute simplicité, dans l’instant présent et avec confiance. C’est alors qu’il peut nous faire sortir de nos sentiers battus pour en arpenter de nouveaux.

3 – EFFORT & VOLONTE: Tenter de ramener l’inconnu à un connu

Néanmoins, passé cet instant de surprise, il était temps pour moi de dompter la bête et de l’engager dans notre premier virage. Les arbres relativement proches, le devers marqué, les ornières du chemin: j’étais plus que jamais déterminée à rester sur la piste et je tirais avec force sur ce pauvre guidon qui ne m’avait rien fait !

Contrairement à une moto, l’accélérateur n’est pas dans la poignée mais séparé. Appuyer sur la manette, sans à coups si possible, tirer le guidon pour tourner à droite et contrebalancer le devers avec le poids du corps à gauche, s’avérait être proche de la dyslexie à mes yeux. J’avais les bras endoloris des efforts fournis et le corps crispé sur l’action et la direction à prendre.

J’avais conscience que mon effort était disproportionné au regard de cette balade pour touristes. Mais étonnement, je ne sortais pas du schéma qui consistait à faire toujours un peu plus de la  même chose, qui ne marchait pas, du moins, pas comme je le voulais. Comme si la même cause pouvait tout d’un coup produire un effet différent !

4 – HUMILITE  – Accepter l’inconnu et lâcher prise

A la pause, nous échangeâmes sur nos sensations et je fus rassurée de constater que ma surprise et mes tentatives de solutions étaient largement partagées. Un de mes amis eut alors cette phrase qui résonna en moi :

 Il suffit de la laisser aller sans chercher à la contrer ! 

Mais oui, bien sûr ! Combien de fois ai-je rencontré cela dans le changement ? Combien de fois dans notre vie, le simple fait de lâcher prise et d’accepter que l’on peut ne pas maîtriser les choses suffit pour qu’elles s’améliorent ?

Ramener la conduite du scooter des neiges à celle du scooter de ville que je connaissais m’empêchait de réellement entrer dans cet inconnu et donc de l’appréhender. J’avais oublié que seule l’acceptation de l’inconnu et de son inconfort me permettrait de trouver un nouveau mode de fonctionnement, qui lui, par sa nouveauté, avait une chance de résoudre cet inconnu.

5 – PLAISIR: S’approprier l’imprévu de cet inconnu

Refroidis par la pause, le feu de camp et la soupe chaude n’avaient pas réussi à réchauffer les -20°C ambiants, nous repartions les doigts et les pieds gelés. Perdus au milieu de nulle part, entourés de neige, frigorifiés, notre seule planche de salut était ces engins qui nous attendaient, posés sur la neige givrée, tels des scarabées fumants. Amis ou ennemis? Le froid m’avait calmé, je n’avais plus envie de me battre, plus très sure non plus d’en avoir encore la force physique. Le combat était inégal et la petite phrase de mon ami me revînt en tête. Laissons la faire sans la contrer et voyons où cela nous même…

Cela m’amena à beaucoup de joie et de plaisirs ! Non seulement nous nous en sommes plutôt mieux sortis que le matin mais cela me libéra les bras et le corps. Décontractée, je commençais à trouver cela rigolo et presque facile. Cela me permettait également d’être toute au paysage magnifique qui se déroulait sous mes yeux. Le guide nous emmenait par de petits chemins où tournoyer entre les arbres alourdis de neige scintillante était splendide. A moins que je n’ai préféré les grands lacs gelés où nous lancions ces bêtes fumantes à pleine puissance. Ne vous laissez pas amadouer par l’instantané de la photo, nous étions secoués comme des puces ! A se demander comment notre chère amie a réussi un cliché d’une telle qualité. Merci à toi, belle Marie J

Ce fût un après-midi magique, magnifique de beauté et de paix, inoubliable au-delà de toute espérance. Accepter l’inconnu de ma monture me permit d’entrer dans ce monde féerique que, sinon, je n’aurais pu survoler que loin.

Une fois de plus, comme souvent dans la vie, l’inconnu m’avait ouvert les portes d’un monde magique insoupçonné.

Et vous, comment apprivoisez-vous l’inconnu ? Quelles sont les étapes, conscientes ou inconscientes, qui vous permettent de transformer l’inconnu en acquis?

Vous pouvez en débattre dans les commentaires prévus à cet effet à la suite de l’article.

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